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Comment ne pas mesurer l’inégalité

Last updated on 19 mars 2021

Il y’a deux façons de mesurer les inégalités aujourd’hui : relative et absolue.

Selon la métrique relative, si le revenu des pauvres augmente à un rythme plus rapide que celui des riches, cela est interprété comme une diminution de l’inégalité, même si l’écart de revenu absolu entre les deux continue de se creuser.
Il existe un certain nombre d’arguments que le discours néolibéral soutient en faveur de la métrique relative. Le plus courant, et de loin, consiste à dire que la croissance des revenus offre une « utilité marginale décroissante ».

Ca veut dire quoi ?

Qu’un dollar gagné par les pauvres vaut plus qu’un dollar gagné par les riches, en termes d’amélioration de la qualité de vie.
Donc que nous devrions accorder plus de poids aux revenus supplémentaires gagnés par les pauvres que ceux gagnés par les riches. Effectivement, pour un milliardaire, 500€ de plus par mois ne change rien, alors que pour un RMIste, ca fait la différence entre se loger ou pas, par exemple.
Si nous acceptons cette théorie de la « diminution de l’utilité marginale », cela signifie que chaque dollar qui va aux personnes déjà riches plutôt qu’aux pauvres est en fait…
Complétement choquant !!!

En effet, ce dollar supplémentaire est plus ou moins dénué de sens entre leurs mains, alors que pour les pauvres, il « changerait leur vie ».
Et plus les riches sont riches, plus l’utilité de chaque dollar suppémentaire réduit. En d’autres termes, le scandale de la répartition des richesses augmente à mesure que l’utilité diminue: c’est une relation inverse.

En outre, cette injustice est particulièrement aiguë lorsque les pauvres ont un droit légitime sur ces revenus qui reviennent aux riches. Ce qu’ils ont dans le contexte d’une économie mondiale qui dépend si fondamentalement de l’exploitation de leur travail et de leurs ressources.
S’appuyer uniquement sur la théorie de la diminution de l’utilité marginale pour discuter de l’inégalité, c’est donc adopter le point de vue des riches et le déguiser en point de vue neutre et objectif.
Lorsque nous examinons l’inégalité du point de vue des pauvres – en utilisant la théorie du scandale croissant – il devient évident que la mesure relative est inappropriée comme outil d’évaluation de la distribution.

Si notre objectif est de mettre fin à la pauvreté, c’est certainement la conclusion que nous devons tirer, car un dollar supplémentaire allant inutilement aux riches aurait pu être utilisé pour réduire la pauvreté, et pourtant ne l’a pas été.

La métrique absolue nous permet de voir cet effet, en donnant un poids égal à chaque dollar. Du point de vue des pauvres, un dollar supplémentaire versé aux riches est un dollar qui aurait pu leur revenir – et qui aurait dû leur revenir de plein droit – et qui aurait donc amélioré leur vie d’un montant correspondant, mais qui a été gaspillé inutilement pour être versé sur dans un café macchiato.
Le graphique ci-dessous est une représentation de cette « métrique absolue ». Cela permet de voir de combien a changé le revenu annuel (axe vertical) entre 1980 et 2016 pour chaque catégorie de personnes à l’échelle de la planète, les plus pauvres à gauche et les plus riches à droite (axe horizontal).

Ou la (très inégale) distribution de la croissance.

On le savait déja, mais c’est toujours pratique d’avoir en visuel une preuve de l’absence de ruissellement de la richesse, concept fumeux soutenu par à peu près tous les gouvernements industrialisés.

Graph: https://twitter.com/jasonhickel/status/1322230876437184512
Texte: https://www.jasonhickel.org/…/how-not-to-measure…)

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