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Le recyclage ou comment culpabiliser le consommateur

Last updated on 12 mars 2021

« Recycle tes déchets et la planète te le rendra » pourrait être le slogan d’une campagne de promotion des filières de recyclage et dans un sens, ça n’est pas si mal. Mais pourquoi le consommateur est-il systématiquement la cible de ces campagnes ?
En réalité, la réponse n’est pas si simple quand on comprend que le recyclage est une filière économique à part entière. Savez-vous vraiment ce que deviennent vos déchets jetés dans la célèbre poubelle jaune ?

Le plastique, une place prépondérante

Dans les années 50, le plastique fait son entrée dans les maisons françaises et réussit à séduire les consommateurs pour des raisons plutôt évidentes : son poids, sa solidité et sa résistance, sa fonctionnalité ou sa possibilité d’être coloré en font tout de suite une révolution technologique “indispensable » à tous les ménages.
Pour comprendre à quel point cette découverte s’est peu à peu transformée en addiction, il suffit de consulter les chiffres de Planetoscope.
On peut se rendre compte que depuis le 1er janvier 2020 jusqu’à aujourd’hui, 422 milliards de bouteilles en plastique ont été vendues dans le monde.
Selon le rapport de l’ONU, l’être humain a produit plus de 9 milliards de tonnes de plastique depuis les années 50. Ce rapport explique que : « Si les modes de consommation actuels et les pratiques de gestion des déchets se poursuivent, on comptera environ 12 milliards de tonnes de déchets plastiques dans les décharges et l’environnement à l’horizon 2050. Si la croissance de la production de plastique se poursuit au rythme actuel, l’industrie des plastiques pourrait représenter 20% de la consommation mondiale de pétrole.».
Selon le même rapport sur la quantité de plastique que l’on produit, seulement 9% sont recyclés : « Nous ne disposons plus des capacités nécessaires pour faire face aux déchets plastiques. Seulement 9% des neuf milliards de tonnes de plastique que le monde a jamais produites ont été recyclées. La plupart finissent dans les décharges ou dans notre milieu naturel »
Avec des chiffres aussi impressionnants, on peut comprendre pourquoi une grande partie de ces déchets finissent dans les océans. Donc dans nos assiettes et nos organismes.
« Lorsque les microplastiques sont ingérés par les poissons, il arrive qu’ils pénètrent dans notre chaîne alimentaire. Des microplastiques ont été trouvés dans le sel de table commercial et les études montrent que 90% de l’eau en bouteille et 83% de l’eau du robinet contiennent des particules de plastique »

Quel traitement pour nos déchets ?

En prenant connaissance de ces données, nombre de consommateurs prennent conscience de ces problématiques, ce qui met à échelle européenne des décisions politiques en place.

Des entreprises, Coca Cola Company par exemple, promettent des solutions miracles pour le recycler pour se conformer aux différentes lois européennes sur l’économie circulaire.
Dans la réalité, comment fonctionne ce système ? D’après PlasticsEurope (l’association européenne qui représente les producteurs de matières plastique), en France et en 2018 uniquement, le pourcentage des déchets plastiques que nous étions en mesure de recycler s’élevait à seulement 24,2% (8.3% de moins que la moyenne européenne), avec 43,3% de valorisation énergétique et 32,5% de taux de mise en décharge.
Ce chiffre assez faible s’explique principalement par le manque de capacités de recyclage en Europe. En réalité, nous pourrions continuer longtemps à présenter des chiffres démontrant l’insuffisance de notre capacité à recycler ces matières, ces chiffres suggèrent surtout que nous avons produit beaucoup plus de matières que nous ne serons jamais capables de recycler.
Nombre de cargos chargés de produits manufacturés partant de Chine vers l’Amérique du nord ou l’Europe sont longtemps revenus plein de déchets plastiques, que la Chine acceptait sans faire la fine bouche.

Ainsi, près de la moitié des déchets plastiques triés produits par l’Europe étaient acheminés vers la Chine. Celle-ci utilisait cette matière pour alimenter ses industries, ce qui arrangeait plutôt bien nos états. En quelque sorte un échange gagnant-gagnant. En réalité, parmi ces produits recyclables exportés, beaucoup d’entre eux ne l’étaient en réalité pas du tout et ne pouvaient donc pas être traités. Du fait de normes environnementales moins strictes que dans les États exportateurs, la plupart des déchets ont donc été enfouis, empilés dans des décharges ou incinérés à l’air libre (dumping). Des villages entiers se sont donc retrouvés submergés par le plastique, impactant les réserves d’eau, les productions agricoles et la santé des habitants.

Depuis janvier 2018, la Chine a mis en place un programme interdisant l’entrée de 24 types de déchets sur son territoire pour les raisons citées plus haut.

Impacts et initiatives en conséquence

En réaction, l’Union Européenne a donc changé de cible en exportant ses déchets vers d’autres pays (comme la Malaisie, Turquie, Thaïlande, Vietnam, Indonésie, Inde, etc…), qui ont bien entendu des normes et contrôles bien inférieurs aux standards européens.
Comme l’explique un article de l’association Zero Waste France, des infrastructures illégales et non régulées se sont développées pour tenter de traiter l’arrivée massive de ces déchets plastiques. La quantité de ces importations favorise le développement de solutions de traitements très polluantes, comme l’incinération en plein air. Tous les déchets ne pouvant pas être recyclés par ces infrastructures (y compris les déchets électroniques) sont simplement incinérés sur place. Cela présentant des risques importants pour les travailleurs exposés directement à de nombreuses substances toxiques contaminant au passage les eaux, les sols et l’air.

« Au-delà de l’impact environnemental, cette pollution plastique a également un impact sanitaire désastreux sur les communautés environnantes : la simple inhalation des fumées et émanations produites par l’incinération provoquent des maladies respiratoires, des éruptions cutanées, des vomissements et toux. Des conséquences plus pernicieuses apparaissent également : cancers, impacts sur le système reproducteur (stérilité, fausses couches à répétition), affaiblissement du système immunitaire, perturbations endocriniennes…Les personnes les plus touchées sont les ramasseurs informels de déchets (“waste pickers”) c’est-à-dire les travailleurs qui récupèrent, parmi les déchets, le matériel recyclable pouvant avoir une valeur, même minime. Ceux-ci sont en contact constant avec les déchets plastiques et respirent quotidiennement les vapeurs toxiques émises par les incinérations en plein air des déchets non utilisables. »

Zero Waste France

Comment réduire le plastique ?

A la suite de toutes ces données une question se pose : le souci est-il de bien recycler son plastique en tant que consommateur ? La réponse est non, si on veut moins de plastique il faut commencer par en produire moins.
Même en adaptant son mode de vie individuellement, rien ne pourra changer tant qu’une réelle impulsion ne sera prise à échelle industrielle et politique. En 2020, au temps où les considérations écologiques ne sont rien d’autres que des urgences de survie, elles continuent à être traitées comme des possibilités politiques de la part de nos gouvernants et autres lobbyistes. Plus aberrant encore, on continue d’avoir des partis politiques « écolos » ce qui laisse envisager que c’est une solution politique possible et non indispensable. On continue de voir de plus en plus d’emballages inutiles dans les rayons de nos supermarchés (fruits emballés individuellement dans des barquettes, légumes prédécoupés prêts à l’emploi, portion individuelles…).
Bref des choses clairement non indis
pensables servant simplement à vendre toujours plus d’emballages. Les choses commencent à évoluer un peu en ayant interdit en 2020 la vente des produits plastiques dits « à usage unique » (couverts, cotons tiges, pailles etc..) mais ces mesures sont toujours très insuffisantes.
Il est indispensable d’investir rapidement dans des recherches permettant de trouver des alternatives non polluantes aux plastiques en essayant de conserver ses avantages. Car oui on pourrait repasser au verre, mais en réalité ça n’est pas une solution viable. Il est bien trop lourd, bien trop fragile, et son recyclage est également très polluant. L‘utilisation du verre en emballage réutilisable serait déjà plus logique. Mais de nombreuses alternatives aux plastiques issus de transformations de ressources fossiles commencent à arriver.
Elles ont des applications précises et variées: il faut faire la différence entre plastique biosourcé, biodégradable ou compostable, qui ne veulent pas dire la même chose.

Ces pistes peuvent paraître intéressantes, mais les plastiques biosourcés, ou agroplastiques, peuvent entrer en compétition avec l’agriculture et plus largement l’usage des sols, tous deux des enjeux majeurs de la crise environnementale. Ils sont aujourd’hui principalement basé sur des déchets organiques venant d’autres industries, comme ce pot en plastique végétal produit à base de canne à sucre.

De plus, le remplacement de plastiques “fossiles” par des matériaux plus “écologiques” pourrait avoir l’effet rebond d’empêcher la réduction de la consommation de plastique tout court… Ce qui n’est pas une solution ! Dans sa fiche technique, l’ADEME rappelle bien “qu’en matière de réduction de la quantité de déchets, la priorité est à la diminution des produits à usage unique et au réemploi.”

Malheureusement, on en est là, à essayer de trouver des alternatives « moins polluantes » plutôt que « non polluantes ».

Jawad Petit.




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