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Les mesures efficaces se valent-elles toutes ?

Last updated on 14 mars 2021

Vulgarisation de publication scientifique


Le monde scientifique dispose maintenant d’un peu de recul sur la Covid-19 et les mesures prises à travers le monde pour limiter la casse. Celles-ci sont recensées par la communauté depuis Mars 2020 et analysées sous plusieurs angles pour déterminer leur efficacité et permettre aux politiques de prendre des décisions éclairées (encore faudrait-il qu’ils trouvent le bouton).

Après notre post d’hier sur le décryptage d’une étude clinique, on peut s’en inspirer pour comprendre l’étude nuancée que l’on vous présente aujourd’hui. Celle-ci étudie l’ensemble des mesures individuelles par rapport à leur succès pour endiguer la reproduction du virus Covid-19. Mais son originalité est dans le fait d’apporter une lecture sociale sur les conséquences de ces mesures. En effet, chaque mesure apporte son lot d’effets rebond sur les plans économiques, sociaux, politiques et individuels. Cette étude propose donc de regarder parmi les mesures « statistiquement efficaces » celles qui sont aussi les plus adaptées socialement et donc, plus performantes au final.

Etude original de la revue nature

Petit tour de cette étude tout en nuance avec leur introduction. On pourra se rappeler les limites d’actions des Etats évoquées dans notre premier article pour tout de même situer cette recherche dans un cadre politique et économique bien précis !

« En l’absence de vaccins et de médicaments antiviraux, les interventions non pharmaceutiques (INP) mises en œuvre en réponse à des virus respiratoires épidémiques (émergents) sont la seule option disponible pour retarder et modérer la propagation du virus dans une population. Face à l’épidémie mondiale de COVID-19, la plupart des gouvernements ont mis en place des ensembles d’INP très restrictives, parfois intrusives. Les décisions ont dû être prises dans des situations épidémiologiques en évolution rapide, malgré (du moins au tout début de l’épidémie) un manque de preuves scientifiques sur l’efficacité individuelle et combinée de ces mesures, le degré de leur respect par la population et l’impact sociétal.
Les interventions gouvernementales peuvent entraîner des coûts économiques et sociaux importants tout en affectant le comportement des individus, leur santé mentale et leur vie sociale. Par conséquent, la connaissance des mesures les plus efficaces permettrait aux parties prenantes de mettre en œuvre judicieusement et en temps utile une série d’interventions clés pour lutter contre une résurgence de COVID-19 ou toute autre épidémie respiratoire future. Étant donné que de nombreux pays ont déployé plusieurs mesures simultanément, le défi consiste à démêler l’impact de chaque intervention individuelle. »

La contribution principale de l’étude se trouve dans la deuxième partie de discussion. Les mesures les plus efficaces mais radicales ont toutes des conséquences néfastes (distanciation sociales et restrictions de voyages). Utilisées ensemble, ces mesures radicales peuvent donc être considérées comme “l’option nucléaire » des INP : très efficaces mais causant des dommages collatéraux importants à la société, à l’économie, au commerce, aux droits de l’homme et à l’environnement. L’étude permet d’identifier des mesures qui sont moins coûteuses sur tous ces plans et pourtant efficaces

“Les messages efficaces comprennent l’incitation à rester chez soi, la promotion de la distanciation sociale et des mesures de sécurité sur le lieu de travail, l’encouragement à l’isolement des personnes présentant des symptômes, des avertissements aux voyageurs et des campagnes d’information (principalement via les médias sociaux). Toutes ces mesures sont des conseils non contraignants du gouvernement, contrairement aux mesures obligatoires de restriction aux frontières et de distanciation sociale qui sont souvent appliquées par des interventions et des sanctions de la police ou de l’armée. Étonnamment, la communication sur l’importance de la distanciation sociale n’a été que marginalement moins efficace que l’imposition de mesures de distanciation par la loi. »

“Les programmes gouvernementaux d’aide alimentaire et autres soutiens financiers aux populations vulnérables se sont également révélés très efficaces. Ces mesures n’ont donc pas seulement un impact sur la sphère socio-économique mais ont également un effet positif sur la santé publique. Par exemple, en facilitant l’accès des personnes aux tests ou en leur permettant de s’isoler sans craindre de perdre leur emploi ou une partie de leur salaire”

L’étude analyse aussi l’effet des politiques et des modes de gouvernance de chaque pays. Elle trouve que l’efficacité des mesures augmente avec le PIB d’un pays mais qu’à l’inverse, leur efficacité réduit lorsque l’indicateur “Liberté d’expression et participation” augmente (liberté des médias et à quel point les citoyens participe à la gouvernance).

En effet, certaines stratégies gouvernementales d’Asie du Sud-Est s’appuyaient fortement sur l’utilisation de données personnelles et de sanctions policières. A l’inverse, au Vietnam et en Corée du Sud, l’accent a surtout été mis sur la communication, la prévention, les tests et le confinement localisé avec un succès équivalent.

A ce sujet, Thibault Fiolet analyse dans cette vidéo la gestion de la crise Covid-19 par ces pays.

Cela illustre tout à fait la conclusion de l’étude:

“[…] Il n’existe pas de solution unique et aucune mesure ne peut faire baisser la reproduction du virus par elle-même. Au contraire, en l’absence d’un vaccin ou d’un médicament antiviral efficace, une résurgence des cas de COVID-19 ne peut être stoppée que par une combinaison appropriée de mesures non pharmaceutiques, chacune étant adaptée au pays concerné et à son âge épidémique. Ces mesures doivent être mises en œuvre dans la combinaison et l’ordre optimal pour être le plus efficace possible contre la propagation du SRAS-CoV-2 et permettre ainsi une réouverture plus rapide.
Nous avons montré que les mesures les plus efficaces comprennent la fermeture et la restriction de la plupart des lieux où les gens se rassemblent en plus ou moins grand nombre pendant de longues périodes (entreprises, bars, écoles, etc.).
Cependant, nous avons également trouvé plusieurs mesures très efficaces et moins intrusives. Il s’agit notamment des restrictions aux frontières terrestres, du soutien gouvernemental aux populations vulnérables et des stratégies de communication sur les risques. Nous recommandons vivement aux gouvernements et aux autres parties prenantes d’envisager d’abord l’adoption de telles INP, adaptées au contexte local, en cas de recrudescence du nombre d’infections (ou d’une seconde recrudescence), avant de choisir les options les plus intrusives. Des mesures moins drastiques peuvent également favoriser un meilleur respect de celles-ci de la part de la population.”


Vous pouvez retrouver une version longue en PDF de cette traduction avec plus d’extraits ici

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